Adopter un chien dans une association de protection animale : À Cloche Patte

Refuge cage adoptionJ’ai décidé d’écrire une série d’articles sur les travailleurs de l’ombre œuvrant pour la protection animale, que cela concerne les chiens ou les chats abandonnés ou victimes de maltraitances.
En effet, certains acteurs de grande renommée sont connus pour agir en faveur des chiens et chats en souffrance (Fondation Brigitte Bardot, 30 millions d’amis, la SPA, etc.).
D’autres le sont moins, et notamment les petites associations réparties sur tout le territoire national. Pourtant ces associations font un véritable travail de fond, et chaque jour permettent à des chiens, chiots, chats et chatons de sortir de la misère et de trouver un foyer. Ces associations ont souvent très peu de moyens, et fonctionnent grâce à la volonté, à l’énergie, au temps et à l’engagement sans faille de bénévoles.
aider les animaux bénévolat
 
J’aimerais donc mettre en lumière ces associations et valoriser leurs actions qui méritent d’être connues et soutenues. Cet article est donc dédié à l’association « À Cloche Patte », localisée dans l’Hérault et fondée en 2011 par Cécile Roche (à gauche sur la photo) et Géraldine Lecorre (à droite).
À la fin de l’article, vous pourrez voir une série de photos avant (sauvetage) / après (adoption), montrant l’évolution des chiens : de quoi se rendre compte du formidable travail réalisé par ces deux femmes au grand cœur…
 

Bonjour Géraldine ! Peux-tu nous parler de ton parcours de vie avec les chiens ? Comment est née ta passion canine ?

Géraldine Lecorre (GL) : Bonjour Aurélie, alors on peut dire que je suis « née » avec cette passion. J’ai été élevée avec le chien de ma grand-mère qui avait presque le même âge que moi, et nous avons eu tous les deux une relation exceptionnelle. Toute petite, je ramenais à la maison tous les chiens errants de mon quartier, au grand désespoir de mes parents qui devaient rechercher les propriétaires, car c’était une autre époque où peu de chiens étaient identifiés (on parle de presque 50 ans en arrière). J’ai toujours aimé les animaux et surtout les chiens. Nous en avons toujours eu à la maison, et à 12 ans je récupérais déjà des maltraitances.
 

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste la protection animale ?

GL : Faire de la Protection Animale, c’est un investissement de tous les jours. Savoir ne pas fermer les yeux devant la misère, donner une chance aux chiens dont plus personne ne veut. Mais c’est également apprendre à gérer avec les humains pour qui la vie d’un chien n’a pas plus de valeur qu’un vulgaire objet.
 
fiche renseignement chien

Pourquoi as-tu souhaité t’investir dans la protection animale ?

GL : Au départ, je voulais juste « aider » l’Association en mettant à leur disposition mes compétences, en l’occurrence le travail graphique sur les photos, faire des montages vidéos, préparer des fiches d’adoption, etc. Puis avec le temps, l’Association s’est développée, et le « travail » a augmenté également : aller sur le terrain, faire les adoptions, récupérer les chiens. C’est donc devenu, avec un cadre et une structure, ce que j’ai toujours aimé faire : sauver des animaux.
 

Peux-tu nous parler de l’histoire de l’association À Cloche Patte ? Quand, pourquoi et par qui l’association a-t-elle été créée ?

GL : L’Association a été créée en 2011 par des bénévoles de la SPA (elle s’appelait d’ailleurs ABPC : Association des Bénévoles Promeneurs de Chiens). Au départ, il s’agissait d’action de sauvetage très ponctuelle. Entre 2011 et 2014, une quinzaine de sauvetages ont été faits. Puis, avec le développement des réseaux sociaux, et avec un peu de « communication », l’Association est passée à plus d’une trentaine de sauvetages en 2014, une cinquantaine en 2015, 61 sauvetages en 2016 et pour 2017 nous en sommes à 53 sauvetages à ce jour.
 
vieux chien abandon

Quelles sont les actions d’À Cloche Patte aujourd’hui ?

GL : Principalement nous récupérons ou prenons en charge des chiens au lourd passé, des vieux, des laissés pour compte, des chiens « compliqués » ou difficilement adoptables. Nous sommes surtout présents dans les situations critiques ou les cas désespérés. Certains de nos chiens ont la leishmaniose, et resteront à charge de notre Association jusqu’à la fin de leur vie. Nous aidons également (très ponctuellement) les personnes en grandes difficultés financières et/ou morales pour stériliser leurs animaux. Nous sommes très présents sur les réseaux sociaux, et essayons d’avoir également une action de sensibilisation et de prévention, notamment sur l’importance de la stérilisation, et sur la misère animale en général.
 
chienne adoptee

Quelle est la différence entre votre action et celle des refuges ou des SPA ?

GL : C’est différent par le fait que nos chiens sont tous en Famille d’Accueil (FA) et non dans des « cages ». Ce qui fait que nous connaissons parfaitement le caractère de nos chiens. Cela nous permet aussi de trouver les adoptants qui correspondent parfaitement aux besoins du chien et inversement, pouvoir proposer tel ou tel chien à de potentiels adoptants selon leurs conditions d’accueil. Nous sommes en contact permanent avec nos FA et mettons tout en œuvre si besoin (comme de l’éducation ou un suivi comportemental).
 
Vide grenier
 

Comment financez-vous les actions et le fonctionnement de l’association ?

GL : Nos principales sources de revenus sont les dons et les frais d’adoption. Les adhésions restent un montant symbolique, mais sont de plus en plus nombreuses chaque année. Nous organisons des vide-greniers régulièrement avec les affaires de donateurs et nous avons une « boutique » sur Facebook où nous vendons des articles neufs.
 
 
Sauver des chiens

D’où viennent les chiens et les chiennes que vous prenez en charge : décès, séparation, abandon, maltraitance?

GL : Un peu de tout hélas… Souvent des chiens « trouvés » et non identifiés, et dont l’état physique ne leur permettrait pas de survivre dans un refuge ; ce sont parfois les vétérinaires qui nous contactent directement. Nous étudions les « replacements » au cas par cas, ceci afin de rester dans notre ligne de conduite, à savoir lutter contre la maltraitance et l’abandon. À savoir que nous préférons garder une place dans nos FA pour un chien qui en a réellement besoin. Nous ne prenons pas souvent de chiots, sauf cas extrêmes.
 

Peux-tu me décrire les étapes entre le moment où vous êtes contactées pour gérer un chien en difficulté et celui où il est définitivement adopté ?

adoption chien vieuxAprès avoir été contactées pour prendre en charge un chien, nous « évaluons » l’urgence ou la nécessité de le faire. Notre manque de moyens humains nous oblige à « sélectionner » nos sauvetages. Ensuite, nous cherchons une famille d’accueil qui corresponde au chien et nous occupons de l’administratif et du vétérinaire (vaccins, stérilisation). Nous fournissons les croquettes, vermifuges, etc. Ensuite, nous effectuons des séances photos qui nous permettent de mieux connaître le chien. Il y a parfois une énorme différence entre ce que veulent bien nous dire les « propriétaires » et le comportement réel du chien. Des fiches sont créées, des vidéos, des affiches, qui seront diffusées sur notre profil facebook et sur notre site web.
Les potentiels adoptants doivent nous contacter par téléphone et nous discutons dans un premier temps de leurs conditions d’accueil. Ensuite, si tout correspond, aussi bien les attentes des adoptants que les besoins du chien, on fait une pré-visite au domicile et on demande aux adoptants de rencontrer le chien. Si tout est conforme, nous procédons à l’adoption définitive.
 
adoption chien chat

Comment choisissez-vous les familles d’accueil ? Tout le monde peut-il être famille d’accueil ?

GL : Dans l’absolu, oui, tout le monde peut être famille d’accueil. Mais nous avons quelques exigences, comme habiter dans l’Hérault afin d’aller chez nos vétérinaires, que nous puissions voir le chien régulièrement (photos, croquettes), nous donner des nouvelles régulièrement mais aussi de s’engager à garder le chien le temps du placement, cela peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. Les familles d’accueil sont « déchargées » du côté financier et du reste, notre Association s’occupe de tout. Il est bien évident que nous ne mettons pas un chien « pas OK chats » dans une FA qui a 5 chats !! Nous prenons en compte la vie de nos familles d’accueil pour ne pas les mettre dans une situation compliquée.
 
 
chienne abandonnée

Comment sélectionnez-vous les adoptants et comment se passe l’adoption ?

GL : Nous sélectionnons les adoptants principalement par rapport à leurs conditions de vie, d’accueil et de motivation à adopter tel ou tel chien. Nous discutons longuement au téléphone et les informons du caractère du chien. Lorsque des personnes souhaitent adopter dans notre Association et nous expliquent leur mode de vie, nous les orientons sur tel chien plutôt qu’un autre. Nous les rencontrons ensuite chez eux, et ils viennent voir le chien dans la FA. Si tout correspond aux attentes des 2 parties, nous procédons à l’adoption : le chien est amené dans la famille définitive, nous établissons un contrat d’adoption et nous demandons une participation financière pour nous aider à régler les frais vétérinaires, de croquettes, etc.
 

Organisez-vous ensuite un suivi du chien ?

GL : Oui, toujours !! Surtout les premiers jours, voire les premières semaines. On appelle, on demande aux adoptants de nous envoyer des photos, et on se déplace également au domicile pour voir si tout se passe bien dans la nouvelle famille. Nous restons parfois en contact plusieurs années avec des personnes qui ont adopté un chien dans notre Association.
 
leishmaniose chien

Parfois, les personnes ne comprennent pas le montant des frais d’adoption. Peux-tu nous rappeler ce que comprennent ces frais ?

GL : Les frais d’adoption sont une participation aux frais vétérinaires . Tous nos chiens sont identifiés, vaccinés, stérilisés, vermifugés et insectifugés. C’est un budget énorme, et sans frais d’adoption nous ne pourrions pas continuer nos sauvetages. Ces frais d’adoption ne couvrent qu’une partie de ce qu’on dépense pour un chien. De plus, certains chiens sont « inadoptables » (trop vieux, malades, etc.) et restent à la charge de l’Association. Nous avons donc besoin d’argent pour continuer à financer les soins et les croquettes de ces chiens qui sont en fin de vie. Nous avons le cas d’Ulysse, un vieux beagle que l’on a récupéré car il se laissait mourir dans l’enclos d’un refuge, qui a fini sa vie dans sa FA, et dont les soins (et le reste) nous ont coûté plus de 1500 €. Mais nous ne regrettons pas ce choix, bien au contraire.
 

Traitez-vous des cas de maltraitance animale ?

GL : Nous ne traitons pas réellement de cas de maltraitance car nous ne sommes pas habilités à le faire. En effet, nous ne pouvons pas aller chez des particuliers pour « retirer » un chien, ce serait du vol. C’est une procédure complexe et seules les SPA, ou grosses fondations (30 millions d’Amis ou Brigitte Bardot) sont autorisées à le faire. Il faut une constatation de maltraitance (avec photos, vidéos, dépôt de plainte), puis une saisie au procureur doit être faite.
Par contre, il nous arrive de récupérer ces pauvres chiens dans notre Association suite à la demande de ces structures afin que le chien puisse se rétablir plus facilement en famille d’accueil plutôt que dans une cage.
 
chienne perdue

Rencontrez-vous des difficultés en quotidien ? Si oui, de quel ordre et comment les gérez-vous ?

GL : Tous les jours nous avons notre lot de complications. En ce moment c’est d’arriver à faire comprendre aux gens que lorsqu’ils trouvent un chien dans la rue, il y a une procédure à faire avant de nous appeler en nous demandant de venir chercher le chien parce qu’ils ne savent pas quoi en faire. La plupart des personnes ne vont même pas chez le vétérinaire pour vérifier si le chien est identifié, et pensent qu’en nous appelant nous allons tout faire à leur place, ce qui est impensable. Et notre plus grosse difficulté c’est de devoir refuser de prendre en charge un chien car nous n’avons pas de place en famille d’accueil. N’ayant pas de refuge, nous n’avons pas de solution d’urgence, et c’est vraiment une situation très difficile parfois.
 
 

Quels sont les préjugés et les stéréotypes sur l’adoption d’un chien abandonné ou un chien de protection animale ?

GL : La plupart du temps, les gens s’imaginent qu’un chien provenant d’une association ou d’un refuge est un chien à problèmes ou malade car il a été abandonné. Mais ce sont souvent des problèmes « humains » dont il s’agit, à savoir des maîtres incapables d’assumer ou qui n’en ont absolument pas envie.
 

As-tu constaté des races, des âges ou un sexe revenant fréquemment dans les chiens que vous prenez en charge ?

GL : Non, pas particulièrement des races, mais par contre des vieux chiens oui, c’est très fréquent hélas. Ou alors des chiens « à la mode » quelques années en arrière, et qui ne plaisent plus.
 
Adopter un chien adulte

Pourquoi adopter un chien dans une association comme À Cloche Patte plutôt qu’un chien d’élevage ?

GL : C’est une démarche totalement différente ! Acheter un chien, c’est contribuer à l’enrichissement des éleveurs sur le « dos » des animaux. Certains ont un minimum d’éthique, d’autres n’en ont aucune. Adopter dans une association c’est « sauver » un chien, vouloir donner une chance à un animal abandonné et malheureux. De plus, les gens ne se rendent pas compte de l’implication et de la patience qu’il faut pour un chiot, qu’il vienne d’élevage ou non. Adopter un chien dans une Association, c’est nous permettre de continuer à sauver des chiens qui n’ont plus d’espoir, des chiens abandonnés et vieux qui sont destinés à mourir en cage ou euthanasiés.
 

Dans quelles conditions peut-on adopter un chien ou une chienne par l’association, et dans quelles conditions ce n’est pas possible ?

GL : Il n’y a aucune condition où il est impossible d’adopter chez nous, sauf dans le cas où les adoptants sont éloignés et ne veulent pas venir chercher le chien. En effet, nous n’organisons aucun covoiturage afin de pouvoir rencontrer les adoptants. Nous ne confions également pas de jeunes chiens à des personnes très âgées car nous sommes confrontés trop souvent au cas de figure de la famille qui récupère l’héritage mais qui abandonne sans scrupule le compagnon de vie de la personne décédée.
 
dons de croquettes

Travaillez-vous en réseau, et avec d’autres professionnels (éducateurs canins, vétérinaire, autres associations, animaleries) ?

GL : Oui, nous avons nos vétérinaires dans l’Hérault. Nous sommes en contact avec des éducateurs et comportementalistes qui peuvent nous aider pour certains chiens et que nous conseillons également aux adoptants si le chien en a besoin. Lors d’un « abandon », si le chien est d’une race spécifique, nous orientons parfois sur des associations spécialisées dans cette race qui seront plus compétentes que nous pour un placement. Nous sommes en contact avec des animaleries pour organiser des opérations « caddie » qui nous permettent de récolter des croquettes, colliers, jouets, paniers, etc. pour nos chiens en famille d’accueil.
 

Et pour terminer, peux-tu nous partager une anecdote, une histoire ou une expérience forte et positive que tu as vécue et qui t’a donné envie de continuer à t’investir dans la protection animale ?

sauver un chiotGL : Beaucoup de chiens ou d’adoptions m’ont touchée personnellement. J’ai fait de très belles rencontres, des personnes extraordinaires avec un grand Cœur !! Mais la plus belle histoire restera celle de « Merveille » un chiot border collie sourd et aveugle que nous avions récupéré avec ses frères et sœurs abandonnés dans un carton en plein soleil. Son placement a été compliqué car beaucoup de personnes souhaitaient l’adopter pour la « sauver » sans même penser à ses besoins et ses ententes (nous avions déjà de l’expérience dans ce genre de placement avec Neige, une Berger australien sourde et borgne).
Et puis nous avons sélectionné Patty, qui a fait plus de 1000 km pour venir l’adopter. Elle a pris conscience de l’implication d’un tel handicap et a tout mis en œuvre pour que Merveille puisse vivre normalement. Le plus beau, c’est que Patty, suite à cette adoption, a créée l’association «Blanc comme neige» afin de sensibiliser le public, les professionnels, et les éleveurs sur le phénomène du « double merle » (croisement de 2 chiens merle qui donne 25% de chiots handicapés). Cette association est désormais reconnue, et ils sauvent des chiens atteints de ce handicap. Pour nous c’est absolument formidable !

Et maintenant, place aux photos AVANT/APRÈS :

Géraldine a sélectionné une série de photos AVANT/APRÈS de chiots et chiens sauvés par l’Association À Cloche Patte. Une bel aperçu du travail accompli par les bénévoles de l’association, les familles d’accueil, et les adoptants !
 

Junior, mâle, X chasse

AVANT…

adopter un chien abandonné
sauvetage chien maigre

APRÈS !

sauvetage réussi
chien adopté adulte

Nimaï, mâle, Boxer

AVANT…

maltraitance retrait
Boxer maltraité adoption

APRÈS !

adoption boxer réussie
sauvetage boxer

Merveille, femelle, Border collie

AVANT…

abandon chiot border collie

APRÈS !

border collie merle
famille d'accueil et adoption